Pierre ANDRE
 Pierre ANDRE                                                                                                              

  -  PREMIERS SOUVENIRS, RUE LA FONTAINE

 

 

   Je suis né le 18 août 1959 à Limoges, 4, rueLa Fontaine, dans la maison familiale de ma grand-mère Angèle PICHON. A cette époque pas si lointaine, nombres d’accouchements avaient lieu à domicile, avec l’aide d’une sage-femme. C’est ainsi que ma maman Jeannette à mis au monde ce petit Pierre qui vous raconte sa vie aujourd’hui.

 

   Aussi loin que mes souvenirs me permettent de remonter, je me rappelle chez Mamie de la fenêtre de la cuisine, ouverte. Sur le rebord de celle-ci était posée une bouteille de lait en verre, les réfrigérateurs n’ayant pas fait encore leur entrée dans toutes les maisons de France. Je la poussais en disant doucement :   « Vas-t-en bouteille de na (de lait) ». Mais heureusement, ma mère et ma grand-mère veillaient au grain, et la bouteille de « na » n’est jamais tombée sur le ciment de la cour.

   Une demi-livre de beurre, souvent posée sur cette même fenêtre, faisait le bonheur d’une petite mésange qui venait y picorer de temps en temps, en hiver.

   J’aimais quand Mamie Angèle montait dans le grenier. Elle me demandait de la suivre, des fois que j’aurais fait quelques bêtises, seul dans la maison. Soit dit en passant, elle n’avait pas entièrement tors. Il fallait avoir l’œil sur moi. Dans ce grenier, je découvrais le passé de ma famille : les jouets de ma mère étaient rangés dans de grands cartons. Les poupées, les baigneurs, des jouets en bois fabriqués par mon grand-père Raoul, que je n’ai, hélas, jamais connu. Une autre petite pièce du grenier était réservée aux affaires de mon oncle et parrain : Georges. Là, je trouvais des maquettes d’avions posées sur une étagère en bois, un poste de radio démonté, quelques outils d'électricien, divers fils et transistors des années 50. Les autres parties du grenier ne m’intéressaient pas tellement. Elles n’étaient pas aménagées et avaient pour un bambin de deux ans un côté mystérieux, un peu effrayant.

 

   Au rez de chaussée de la maison était  la pièce qui m’attirait le plus : la salle à manger dans laquelle se trouvait le piano de ma mère. Un piano noir, en bois d’ébène, avec les touches en ivoire, acheté par ses parents à une vieille comtesse de Limoges qui bradait ses affaires. J’aimais jouer sur cet instrument, avec mes deux mains, n’importe comment, mais je voyais faire ma mère qui jouait des œuvres de Mozart, Chopin, Bach entre autres, et un enfant veut imiter ses parents. Mais le son que j’en faisais sortir me faisait du bien, appuyant souvent sur la pédale de gauche pour prolonger les notes, et leur donner un effet de réverbération. Il n’empêche que cette cacophonie réjouissait beaucoup moins les oreilles des personnes qui la subissaient, car on me priait très vite d’arrêter. J’ai conscience aujourd’hui du supplice que je leur faisais subir. Rangé derrière un buffet, un étui renfermait le vieux violon d’une tante que je n’ai jamais connue, mais je n’avais pas d’attirance particulière pour cet instrument de musique.

 

   La cuisine du rez de chaussée ouvrait directement dans la cour par une porte-fenêtre. Dans cette pièce, un objet m’attirait et me fascinait. C’était une lampe électrique métallique, cubique, de couleur marron, que je n’ai jamais vue fonctionner, faute de piles, mais dont je me servais comme d’un appareil photo.

 

   En sortant de cette cuisine, il y avait quatre marches à descendre et j’arrivais dans la cour, une petite cour, cimentée sur environ quatre mètre contre le mur de la maison, puis la cour se prolongeait, en terre battue, entourée de divers massifs de fleurs. Sur la droite, le petit jardin potager était un peu à l’abandon. Ma grand-mère n’avait pas la force de le cultiver, et ses enfants qui travaillaient tous ne pouvaient pas non plus s’en occuper souvent. J’étais bien ici, dans cette cour, au printemps, quand le grand cerisier nous donnait ses fruits bien rouges, et que les myosotis, formant des massifs de fleurs plus ou moins sauvages, ornaient le jardinet de guirlandes bleu ciel. Sur la terrasse en ciment était dressée une table en pierre, un peu comme un dolmen. Sur cette table, je faisais mon « café au lait ». Pour cela, je mettais un peu de terre du jardin dans un vieux pot en verre, et je remplissais d’eau. J’obtenais un mélange marron clair qui ressemblait à du café au lait. Le vrai café au lait de Mamie Angèle était tellement bon ! Je crois que je n’en ai jamais bu du aussi bon depuis cette époque, ni mangé de tartine de beurre avec du beurre aussi savoureux. A cette époque, les vaches ne mangeaient ni ensilage, ni paille à l’ammoniaque, ni tourteau de soja ; mais de l’herbe naturelle, du bon foin et des betteraves fourragères…une autre époque moins rentable mais où la vie avait du goût !

   En hiver, le palmier, au fond de la cour, contre le hangar où était empilé le bois, me faisait peur quand la neige recouvrait ses feuilles. Il prenait alors à mes yeux des allures d’un personnage géant et menaçant, un peu l’abominable homme des neiges de la rueLa Fontaine.

 

   Jusqu’à l’âge de trois ans, c’est Mamie qui me gardait la journée, car mes parents travaillaient. Elle me racontait des histoires d’autrefois. Des histoires vraies, que j’écoutais avec beaucoup d’attention, en lui posant parfois une question pour qu’elle m’explique certains détails que son petit fils avait du mal à comprendre, à réaliser. Plusieurs fois elle m’a raconté l’histoire de mon arrière-arrière grand oncle, qui était paysan dans la commune des Cars, au début du siècle dernier en Haute Vienne, et qui jouait de l’accordéon dans les bals de sa région. Il revenait en pleine nuit, traversant à pied avec son petit instrument la grande forêt des Cars, en craquant de temps en temps des allumettes pour éloigner les loups qui le suivaient. Il ne fallait surtout pas qu’il trébuche et qu’il tombe, car ces prédateurs se seraient irrémédiablement jetés sur lui. J’imaginais la scène réellement, un peu comme si je la vivais, et j’étais fier de mon aïeul d’oncle !

   Mamie m’a dit un jour quand j’étais petit : « Tu sais, la vie, c’est comme un livre. On tourne les pages, les bonnes, les mauvaises, mais ça passe vite, très vite. » Ma vie n’a prouvé que sa phrase était très juste, et d’une grande sagesse. »

   Mamie me parlait aussi de mon grand-père, quand il jouait de la trompette et du cornet à piston, dans différents orchestres de jazz de Limoges, ainsi que dans l’Harmonie des « Gueules sèches », célèbre harmonie de Limoges. Elle regrettait aussi la décision qu’il avait prise, dans ses jeunes années, de refuser une place de « trompette » dans la garde républicaine à Paris, pour rester dans l’entreprise du bâtiment de son père. Il n’aurait surement pas eu les mêmes problèmes d’asthme et ne n’aurait pas quitté les siens aussi prématurément. Un élément de plus pour appuyer ma thèse comme quoi, dans la vie, il faut réaliser sa vocation, choisir le métier pour lequel le Bon Dieu nous a prévu. Et cela contre tous les avis, familiaux ou autres. Il ne faisait pas d’asthme quand il jouait mon Papy.

 

   Mon parrain Georges avait deux harmonicas, rangé secrètement par Mamie dans le tiroir de l’armoire de sa chambre. J’aimais aussi jouer de cet instrument. Il m’était facile d’en sortir des mélodies simples du folklore Limousin.

 

   Vers l’âge de deux ans et demi, j’ai reçu en cadeau un petit accordéon en carton, avec une seule rangée de boutons à la main droite. Je ne me rappelle pas très bien aujourd’hui de ce que je j’interprétais sur ce jouet, mais ma famille me dit que j’en faisais sortir des airs folkloriques, bourrées et polkas limousines que l’on entendait à l’époque sur RADIO LIMOGES, interprétées par Jean Ségurel, qui a tant influencé mes toutes jeunes oreilles.

 

   Je n’allais pas encore à l’école. Pour passer le temps, je tournais autour de la table de la salle à manger de Mamie en y faisant rouler une petite auto miniature. Les voitures de courses me fascinaient déjà. Quand je pouvais, je montais sur un petit camion en plastique, roulant aussi vite que je le pouvais à travers les pièces de la maison, au grand damne de ma grand-mère qui devait faire attention que son petit Fangio ne lui casse rien au passage, et ne lui fonce pas dessus.

   Lorsqu’il faisait beau temps, j’allais dans le petit atelier au fond de la cour. La vieille poussette en fer de ma mère était rangée là, poussiéreuse comme tous ces vieux objets qui ne servent plus à rien et qu’on entrepose un jour dans un coin de hangar, comme pour garder le souvenir de ce foutu temps qui est passé, et qui ne reviendra jamais puisque les pendules tournent toujours dans le même sens… « Oh temps, suspends ton vol » disait ce cher vieil Alphonse…Joli rêve !

   Alors je sortais cette poussette, et, imaginant que je pilotais un bolide des vingt quatre heures du mans, je la poussais, aussi vite que possible à travers le jardin, en prenant des virages sur deux roues, dérapant tant qu’à bon compte.

 

   Tous les mois, nous allions en Charente, à Barbezières, rendre visite le temps d’un week end à mon autre mamie : Eva, la mère de mon père, ainsi qu’à ma tante Marcelle qui était aussi ma marraine, et mes oncles Jacques et Camille. Barbezières, la campagne, cent quatre vingt habitants environ au début des années soixante. Barbezières, village natale de mon père Jean. Barbezières, symbole de liberté dans tous les domaines. Barbezières, les vacances ensoleillées de toute ma jeunesse.

pierreandre-music@sfr.fr

Tél : 06.81.85.98.84.

Se canto Limouzi Se canto moun Pays

Avec Christian CHARPENTIER, un ami passionné de nos traditions limousines et occitanes

Photos de Galas

Avec André VERCHUREN

Avec JP ROY et Michel MATHE

Avec Michel PRUVOT

Avec Bernard MARLY, Michel LAROCHE et M SHANNON (tournage DVD)

Avec Nicole BERGES

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