Pierre ANDRE
 Pierre ANDRE                                                                                                              

  Barbezières est un petit village du nord de la Charente, aux confins des départements des Deux Sèvres et de la Charente Maritime. En mille neuf cent cinquante neuf, il devait compter environ deux cents habitants,essentiellement des familles de paysans vivant sur de petites exploitations agricoles. Chaque famille possédait son troupeau de vaches laitières, souvent une dizaine de chèvres, quelques hectares de céréales, pour nourrir le bétail, deux ou trois cochons, quelques volailles et lapins pour sa consommation personnelle. On vendait le reste de la récolte à la coopérative agricole. Ajoutez à cela quelques rangs de vigne pour produire son vin, distiller son eau de vie destinée à fabriquer quelques litres de pineau, et aromatiser le café !

 

   La culture du maïs était peu courante,mais les nappes d’eau sous-terraines ne tarissaient jamais ! Cela a bien changé depuis. Nos nappes phréatiques sont souvent taries aujourd’hui, et de plus tellement polluées par les traitements agricoles qu’elles sont impropres à la consommation. Mais les vrais paysans ont disparu. Là aussi, les gros ont mangé les petits, avec maintes arnaques et magouilles de tous poils, aidés par les banques et quelques notaires véreux ! Eh oui, la plupart des paysans qui restent sont devenus des….agriculteurs !

 

   Nous retrouvions à Barbezières la famille de mon père Jean : ses deux frères Camille et Jacques, sa sœur Marcelle qui était aussi ma marraine, ma grand-mère : mamie Eva, et l’oncle Arsène, frère de mon grand-père Marcel que je n’ai hélas jamais connu.

   Mon grand-père Marcel avait été maire de Barbezières, notamment pendant la guerre, et a fait son possible pour aider le maquis, procurant aussi de faux papiers à des résistants et à d’autres personnes pour les aider à fuir les contrôles de l’armée allemande.

 

   Ma grand-mère Eva et l’oncle Arsène étaient à mes yeux de jeune enfant deux personnes très âgées, très vieilles comme on disait alors, fatiguées et usées par la vie, le travail et la maladie. En effet, mamie Eva était asthmatique, et les traitements d’alors étaient loin d’être très efficaces. Elle « buffait », selon son expression. « Ah mon pauv’e drôle, ‘eu buffe ! » disait-elle. C’était une brave femme ma mamie Eva, toujours là pour tenir la maison et préparer le repas tant que ses enfant travaillaient dans les champs. Le jour où elle a disparu, un grand vide est apparu à la maison André.

 

   L’oncle Arsène ne parlait pas beaucoup. Je revois un petit vieux très voûté, marchant lentement, appuyé sur sa canne ; l’hiver, un béret sur la tête ; l’été, un grand chapeau de paille. Il dormait dans une chambre attenante à la maison familiale, y passant aussi une grande partie de ses journées. L’oncle Arsène venait prendre ses repas avec tout le monde, dans la grande cuisine. Pour ce faire, il partait assez longtemps à l’avance car il avançait doucement sur ses jambes usées par des années de dur travail à la terre. Il n’était pas difficile pour manger, aimant tout. C’était un « poilu » de la grande guerre, et avait été fait prisonnier en mille neuf cent quatorze dans la Somme. Détenu en Allemagne jusqu’à la fin de la guerre, il avait, grâce à sa robuste constitution, survécu à des conditions de détention extrêmement difficiles. Une chose cependant le mettait en colère, hors de lui : ne pas avoir de pain à table ! Le pain, sa nourriture de base ! Il se coupait une tranche épaisse d’au moins six à huit centimètres, partageait celle-ci en quatre bouchées ! Le pain, le vin, un pot de grillon, pour le petit déjeuner, c’était un minimum. Ce grillon, fabriqué par ma tante Marcelle, avec le « goret » élevé à la ferme, il l’étalait sur de grandes tranches de gros pain, rôties devant le feu de la cheminée, et frottés d’une gousse d’ail du jardin…Un régal que les jeunes de maintenant qui mangent des pétales de maïs ne connaissent pas…

 

   Le petit déjeuner à la ferme familiale, ce n’était pas un repas, c’était un art de vivre. C’est depuis cette époque-là de ma plus tendre enfance que j’ai eu, et gardé le goût de la vie à la campagne, de la ferme, des choses simples et vraies, de la nature, de la culture, de la liberté. Revenir à Limoges était mon cauchemar ! C’était revenir en ville, subir le béton, les rues, les commerces, toutes ces choses artificielles dont j’avais horreur ! J’étais plus heureux dans les champs, dans les bois, dans la nature, habillé avec des vêtements qui ne craignaient rien, qu’en ville sous les néons des boulevards, des zones commerciales, des publicités et des magasins, endroits où j’allais par obligation quand il le fallait, mais où je m’ennuyais profondément. Je n’ai pas changé depuis cette époque. Je suis l’homme des champs, pas l’homme des villes. Je suis fais pour vivre dehors, pas en cage !

 

   Je me souviens d’un matin de printemps, à Barbezières. Le marronnier était en fleur. Et j’ai encore dans ma tête un tableau d’une beauté que je ne connaissais pas alors. Le ciel bleu, d’un bleu intense du matin, sur lequel se découpait le feuillage vert du marronnier, avec quelques petits oiseaux qui volaient de branches en branches. En regardant cette nature si belle, magnifique, je me rappelle avoir éprouvé une joie, un plaisir immense que l’on éprouve rarement dans une vie. Je découvrais la beauté de la nature. J’ai compris depuis que je découvrais tout simplement la beauté des œuvres de Dieu, du créateur suprême. Quel artiste ! Quelle finesse, quel amour dans ses créations ! Elles sont belles, sublimes, bonnes aussi, utiles par surcroit comme ces arbres magnifiques qui nous donnent aussi du bois pour se chauffer, pour fabriquer des meubles ou construire nos charpentes, pour nous donner des fruits succulents, pour nous mettre à l’ombre ou à l’abris, pour faire des forêts qui attire l’eau du ciel et renouvellent notre oxygène, et en plus…oui, en plus…ILS SONT BEAUX ! Oui, la nature est bonne pour l’homme, et en plus elle est belle, plus belle que toutes nos œuvres d’artistes. Nous chantons la nature, nous la mettons en poèmes, nous la dessinons, nous la sculptons, nous la dansons, tout cela pour dire combien elle est d’une beauté parfaite. Mais nous n’arrivons et n’arriverons jamais à faire mieux que notre Créateur, qui est aussi pour moi le plus grand de tous les artistes.

 

  

  

 

pierreandre-music@sfr.fr

Tél : 06.81.85.98.84.

Se canto Limouzi Se canto moun Pays

Avec Christian CHARPENTIER, un ami passionné de nos traditions limousines et occitanes

Photos de Galas

Avec André VERCHUREN

Avec JP ROY et Michel MATHE

Avec Michel PRUVOT

Avec Bernard MARLY, Michel LAROCHE et M SHANNON (tournage DVD)

Avec Nicole BERGES

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